L’enfer des prisons syriennes: l’enjeu de la mémoire

Le 8 décembre 2024, une offensive de groupes armés, menée par des islamistes, met fin à la dynastie Assad. Après un demi-siècle de règne, le pouvoir est renversé, laissant le pays marqué profondément par les 14 années de guerre civile. 

Bachar al-Assad dirige la Syrie en opprimant toujours plus les revendications populaires depuis les années 2000. Les printemps arabes de 2011 inspirent alors les populations syriennes à manifester leur mécontentement et volonté de démocratie. Des réformes politiques, mais surtout les principes du droit et de liberté sont au coeur des revendications de la révolte populaire. La répression violente menée par l’Etat conduit une partie des manifestants pacifiques à prendre les armes en formant l’Armée syrienne libre. Celle-ci affronte l’armée gouvernementale dans ce qui se transforme rapidement en guerre. Le régime y emploie des armes chimiques dans diverses attaques tout en mettant en place une politique de terreur. Les acteurs extérieurs comme la Russie contribuent à alimenter des combats violents et dévastateurs pour les civils. Cette même période est marquée par un emprisonnement massif de centaines de milliers de syriens au sein de centres de détention, restés partiellement connus jusqu’à la fin de la guerre en décembre 2024. 

Des proches de détenus affluent à la prison de Sadnaya, près de Damas, Asaad al-Asaad/UPI Photo/picture alliance

Les prisons du régimes: preuve d’une violence terrible

Depuis la destitution de Bachar al-Assad, des dizaines de milliers de Syriens sont restés disparus, contraignant leurs famille à de lourdes et difficiles recherches. Le réseau pharamineux du dirigeant, à la fois mis en lumière par la presse internationale à sa chute et par ses anciens détenus, révèle les méthodes utilisées pour rendre exsangue la population. Il est de fait estimé que des centaines de milliers de personnes ont été enfermées durant le conflit. Certains ont pu témoigner des atrocités endurées. Des faits de tortures et de violence ont alerté la communauté internationale. Ces atteintes claires aux droits humains interpellent mais rappellent surtout que l’enfer carcéral de la dictature représente l’oppression d’un peuple entier. Les survivants relatent des cris perpétuels, du sadisme des gardiens, de l’épreuve de la faim, des maladies, sources d’une douleur indescriptible.

Ce cortège d’horreur est illustré par la prison de Saydnaya. Devenu un camp d’extermination, ce complexe sécurisé et militarisé reflète des souffrances innommables. La plupart des détenus en 2011 sont des manifestants, civils et opposants ou du moins supposés comme tels. Ainsi, les cellules de tailles réduites voyaient souvent enfermées des dizaines de personnes en même temps, soumises à des tortures quotidiennes, des privations d’eau ou de nourriture. Différentes sections étaient destinées à des usages divers, mais toujours d’une violence inouïe et inhumaine envers les détenus. Un bâtiment était employé pour des exécutions massives, provoquant le décès de 14 456 morts recensés en 2016, dont 110 enfants. Malgré la suppression de preuves accablantes contre les agissements de Bachar al-Assad, l’immense quantité de documents consignants ces crimes marque la bureaucratisation de cette terrible machination.

La lutte contre l’impunité face à ces violations du droit international devient alors un enjeu central. Les victimes syriennes sont en quête active de justice, chose qui semble encore complexe avec le tout nouveau gouvernement en place. Même si la destitution de Bachar al-Assad ouvre la voie à de nouvelles possibilités, la Syrie doit dorénavant rebâtir un système dans son entièreté. Néanmoins, la Commission d’Enquête internationale et indépendante sur le République arabe syrienne a finalement été habilitée par les autorités de transition à mener ses enquêtes. La visite des fosses communes et des anciens centres de détention de l’Etat a permis de constituer le rapport « la Toile d’agonie ». Ce recensement de milliers de témoignages et de centaines d’entretiens avec des survivants d’actes de torture permet de faire un premier état des lieux des horreurs commises durant la dictature. 

la détresse des familles

Les prisons sous Bachar al-Assad constituent également un moyen d’extorsion et de chantage auprès des familles, inquiètes du sort de leur proche. Le rêve de revoir leur entourage est exploité par les fonctionnaires du clan Assad pour récupérer de l’argent des familles. Les recherches pharamineuses menées par des soeurs, des frères, des mères, des pères sont malmenées et éconduites par des hauts responsables proclamés ou réels. Ils demandant souvent des sommes énormes en échange d’informations ou d’aides, souvent illusoires. Ces familles cherchent, bien sûr, leur proche, mais avant tout des certitudes auxquelles se raccrocher face à une absence.

Depuis la libération des prisons, un nombre incalculable de personnes s’y est rendu, dans l’espoir de retrouver les disparus. Les hôpitaux et morgues ont également vu s’y ruer de nombreuses familles. Même si certains ont pu rejoindre les leurs, la commission syrienne sur les disparus estime que leur nombre pourrait s’élever à 300 000. Cette douloureuse question hante encore le pays qui ne peut ni pleinement faire son deuil, ni savoir s’il nourrit un espoir perdu d’avance. Des manifestations animent encore certaines places, exigeant la vérité. Ces recherches ne peuvent pas se clore sur l’incertitude et laissent encore des milliers de syriens dans l’attente. La justice devrait apporter une part de réponse à ces familles désemparées, mais les dégâts causés par les arrestations du régime ne peuvent être effacés. 

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