L’inquiétante gestion migratoire de la Tunisie 

Le 12 mars 2025, le ministre des affaires étrangères tunisien Mohamed Ali Nafti déclarait: « La Tunisie refuse d’être un pays de transit ou d’installation pour les migrants en situation irrégulière ». Cette prise de positon ferme lors de sa rencontre avec l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) en Tunisie, confirme l’accent sécuritaire imposé par l’Etat. Pourtant la Tunisie demeure le principal carrefour migratoire entre l’Afrique et l’Europe. Cela se caractérise par des flux humains très marqués et importants. 

Des signalements alarmants

C’est dans ce contexte de forte pression que la Tunisie fait face à de graves accusations. Des violences généralisées dénoncées par Amnesty international font état de graves violations des droits humains. L’enquête du groupe révèle que les autorités tunisiennes ont procédé à des arrestations arbitraires ainsi qu’à des interceptions ou des éperonnages dangereux contre des embarcations en mer. Les demandeurs d’asile ou migrants sont régulièrement soumis à des mauvais traitements impliquant des actes de tortures, de violences sexuelles et de viols. De nombreux meurtres ont été dénombrés.

Les méthodes constatées relèvent donc de considérations raciales préoccupantes, surtout orientées contre les populations d’Afrique subsaharienne. Ces réfugiés et migrants sont visés par un profilage raciste systémique souvent succédé par des violences.

Les autorités tunisiennes ont également procédé à des expulsions massives, apparentées à des renvois forcés, entre juin 2023 et mai 2025 vers l’Algérie ou la Libye. En outre, certains sont abandonnés dans des zones reculées, sans moyen de subsistance, les livrant à des dangers pour leur sécurité. Selon Amnesty International, 28 migrants ont été retrouvés mort à la frontière libyenne. 

Intervention internationale

De nombreuses organisations de défense des droits humains alertent et dénoncent des pratiques incompatibles avec le droit international. 

La Tunisie a toutefois été mise en examen par le Comité pour l’élimination de la discrimination raciale (CERD). Un expert alerte au sujet des expulsions devenues monnaies courantes, en violation du principe de non-refoulement. D’autres intervenants ont déploré le déferlement de haine raciale du Président de la République tunisienne lors d’un discours. L’institution onusienne a alors condamné ces agissements en 2023. 

SOS Méditerranée/Anthony Jean

Le rôle de l’Union européenne

Malgré tout, l’Union européenne poursuit son partenariat avec l’Etat africain. De fait, un accord stratégique et global avait été conclu le 16 juillet 2023. Ce dernier prévoit une aide financière européenne de 105 millions d’euros pour renforcer les contrôles migratoires en Tunisie. Une coopération qui est qualifiée dans le « plein respect du droit international ». Néanmoins, la médiatrice européenne Emily O’Reilly a dénoncé le manque de communication de la Commission sur les violations documentées. Ce type de politique d’externalisation des migrations est effectivement devenue commun pour l’union européenne. Sa volonté de durcir ses politiques migratoires s’inscrit notamment par des accords avec des pays extérieurs. Les franchissements irréguliers des frontières de l’UE aurait ainsi diminué de 38% en 2024 selon le journal Libération. 

Finalement, l’UE a été contrainte de conditionner son financement migratoire au respect des droits humains depuis le début d’année 2025. Cette décision semble pour beaucoup tardive, dans la mesure où des milliers de migrants ont été abandonnées dans le désert avant la mise en place de mesures. 

La politique migratoire actuelle

Dans un autre cadre, la politique migratoire tunisienne a pris un tournant radical. De fait, l’accès à la procédure d’asile gérée par les Nations unies pour les réfugiés a été suspendue. Malgré la ratification tunisienne de la Convention de Genève de 1951, reconnaissant ce droit d’asile, aucune procédure nationale de demande d’asile n’a été établie à ce jour.

Enfin, le 6 janvier 2026, des responsables de Terres d’asile, jugés pour aide aux migrants ont été libérés après un emprisonnement de plus de 20 mois. Les motifs d’inculpation relevaient d’une « entente dans le but d’héberger ou de cacher des personnes entrées clandestinement » selon l’instruction. 

Cette politique s’inscrit dans un contexte migratoire tendu et instrumentalisé. Toutefois, les droits humains des personnes engagées dans le processus migratoire se doivent d’être respectés tout en cessant la déshumanisation croissante qui les accable.

Bienvenue sur Bref.

Inscrivez-vous pour recevoir chaque semaine du contenu génial dans votre boîte de réception.

N'oubliez pas de vérifier vos spams !

Nous ne spammons pas !

Laisser un commentaire