

Le mois d’octobre 2025 a été marqué par la détention de 53 employés des Nations Unies par les rebelles houthistes du Yémen. Soupçonnés d’espionnage au profit d’Israel, les membres onusiens ont été la cible d’un raid par les insurgés yéménites. Ces derniers sont au cœur de la guerre civile qui affecte le Yémen depuis maintenant dix ans. Mais quelle est la source d’un conflit aussi alarmant que souvent oublié? Retournons sur les traces d’une guerre qui affecte, en son coeur, ce pays de la péninsule arabique.
L’ascension des houthis
Après l’important bouleversement des ordres vécu à l’implosion de l’URSS, la réunification du Yémen est finalement permise. Elle rassemble la République Arabe du Yémen au Nord, foyer historique des houthis, et la République Démocratique et populaire du Yémen au Sud. Ce renouveau est fondé sur un pouvoir central originaire de la partie Sud. Le représentant est issu de l’Islam sunnite, à l’instar des deux tiers de la population.
A l’inverse, le groupe politico-militaire des houthis se revendique zaïdiste, une branche de l’islam chiite. Face à un climat de tension communautaire et clanique déjà présent, un sentiment de marginalisation, de discrimination, tout autant que de menace face au courant sunnite rigoriste venu d’Arabie Saoudite, renforce les contestations des partisans houthistes. Cet aspect d’opposition religieuse s’étend donc au delà des frontières yéménites. Cela est à la fois dû à une influence de l’Iran, à majorité chiite, mais également de l’Arabie Saoudite.
Dès le début des années 2000, des manifestations fulminent. Elles dévoilent l’insurrection frontale des rebelles Houthis contre le pouvoir. En 2004, la « guerre de Saada » éclate. Cet évènement marque un tournant dans la radicalisation du groupe. Ils parviennent également à imprégner progressivement les territoires montagneux du Yémen, allant jusqu’au long de la frontière avec l’Arabie Saoudite. Le conflit est donc non-seulement une guerre confessionnelle, mais aussi régionale.
Néanmoins, c’est l’arrivée des printemps arabes en 2011, une vague de contestation massive dans les pays du Moyen-Orient, qui précipite le président en place depuis 1978 vers l’abandon du pouvoir. Le nouveau gouvernement se révèle incapable de répondre aux attentes de la population. Les Houthis sont dès lors en mesure de prendre une place cruciale dans l’esprit de tension général. Les clivages politiques mènent à une nouvelle révolte en 2014, amenant cette fois le groupe chiite à s’emparer des institutions yéménites.
Un conflit régional
Dans ce contexte, il est nécessaire d’envisager le caractère interétatique de ce conflit déjà complexe.
D’un côté, l’Arabie Saoudite perçoit ce coup d’Etat comme une menace directe pour son pays. Elle s’attache alors à diriger une coalition de neuf nations arabes pour restaurer l’ancien gouvernement dès mars 2015. Elle souhaite par ce moyen rappeler à l’ordre l’Iran, supposé principal soutien des rebelles. Cette volonté s’inscrit dans une opération militaire lourde mais s’enlise très rapidement dans une impasse. l’Arabie Saoudite ne parvient pas à inverser le rapport de force maintenu par les rebelles. La coalition se voit alors contrainte de s’orienter vers des premières négociations de paix en 2023. Les hostilités ont diminué, malgré les complications dans le processus de trêve.
D’un autre côté, Le Conseil de transition du Sud (STC) est une faction sécessionniste apparue en 2017. Revendiquant l’ensemble du territoire de l’ancien Yémen Sud, il est soutenu par les Emirats arabes unis. Le groupe est à l’origine de vastes offensives dans le sud du pays en fin d’année 2025, appuyées par des frappes de leur allié. Néanmoins, en début d’année 2026, les forces gouvernementales ont stoppé ces percées. Cela a rapidement contraint les Emirats arabes unis à retirer leurs troupes.


Un conflit international
Les différents affrontements basculent dans un sillage israélien. Plutôt qu’une démarche purement militaire, les démonstrations de force du groupe yéménite sont surtout une recherche de légitimité au sein des populations. Celles-ci sont de fait largement opposées aux actions israéliennes en Palestine. Cet aspect idéologique prend dès lors une place centrale. Cela s’est notamment perçu lors de la crise de la mer Rouge en octobre 2023, où des frappes sur l’Etat Hébreu ont été lancées.
Toutefois, ces interventions ne sont pas asymétriques puisque les Etats-Unis répliquent en 2025 en intensifiant leurs frappes contre les Houthis. Leur objectif de contraindre les rebelles à cesser leurs attaques maritimes aboutit à un cessez-le-feu. En outre, Israël mène jusqu’à encore récemment plusieurs raids en visant des sites militaires Houthis, dans le but de « poursuivre le blocus maritime et aérien ».
La situation actuelle
Après une décennie de guerre, la société yéménite voit son système s’effondrer. La disparition des principaux moyens d’éducation provoque le sacrifice d’une génération entière. De fait, l’instabilité politique, institutionnelle et la violence persistante exacerbent les souffrances des populations civiles. Les systèmes claniques sont contraints de gérer une grande majorité des besoins de la population. Sur le plan juridique par exemple, cela conduit à des modes de résolution très arbitraires sur décision du chef de clan.
En plus de la polarisation religieuse et identitaire croissante, les civils sont confrontés à des déplacements massifs. Actuellement, 15% de la population totale serait concernée. Dans certaines régions du pays, ces migrations résultent souvent de la peur des familles du recrutement de leurs jeunes fils dans les rangs des forces armées rebelles. Ces flux humains sont à l’origine d’une surpopulation accentuant les contraintes sur le plan médical, et des ressources dans certaines villes. La crise humanitaire déjà présente au Yémen est aggravée par l’action houthiste, qui s’évertue à entraver la distribution de l’aide humanitaire aux populations.
Au delà des 10 000 morts provoquées par les combats, le blocus imposé par la coalition a provoqué l’effondrement du pays, et avec lui un nombre de victimes incalculable lié à des conséquences indirectes. 90% des produits alimentaires étaient importés. L’inflation a donc fait exploser le prix final des produits. Effectivement, un tiers de la population du pays a besoin d’une aide d’urgence. Si la paix n’est pas rapidement atteinte, des millions de yéménites pourraient succomber à la famine. Le conflit aurait fait près de 400 000 morts depuis 2014 selon l’ONU, marquant clairement le drame humanitaire que vit le Yémen.