
Dans un contexte où les conflits au Moyen Orient, l’industrie pétrolière est mise à rude épreuve, face au blocus du détroit d’Ormuz , par lequel 20 à 25% du pétrole y transitent, ce qui en fait une route stratégique pour l’industrie pétrolière. La difficulté de négociation d’un accord entre les EUA , Iran , Israël, Liban entraîne une persistance de cette situation.
Depuis le mardi 28 avril , l’industrie pétrolière fait de nouveau face à une instabilité , par l’annonces des émirats arabes unis de leur retrait de l’OPEP (organisation des pays exportateurs de pétrole) et OPEP + (alliance élargie avec d’autres pays)

Raisons expliquant ce retrait
Ce retrait intervient alors que l’industrie pétrolière est en train de subir les conséquences de la guerre en cours avec l’Iran et celle du blocus pétrolier. Les EAU expliquent leur retrait au nom de « l’intérêt national”. Les Émirats montrent qu’ils se démarquent de l’Iran , ce qui leur fait perdre beaucoup d’argent en bloquant le détroit. Mais surtout, les Émirats sortent de l’Opep pour ne plus être régulés ou limités dans leur production de pétrole, par les quotas imposés par l’OPEP. Alors que l’Arabie Saoudite limite la production pour financer sa « Vision 2030 », les Émirats arabes unis souhaite augmenter la sienne de 3 à 5 millions de barils par jour.
La guerre au Moyen-Orient a joué un rôle amplificateur dans le début du processus de retrait de l’OPEP, car les Émirats ont considérés les pays arabes trop “passifs” lorsque Abou Dhabi supportait l’essentiel du choc provoqué par les attaques iraniennes et pro-iraniennes
La stratégie des Emirats.
Le pays a investi massivement dans ses infrastructures ces dernières années. Sa compagnie pétrolière Adnoc (Abu Dhabi National Oil Company) prévoit une capacité de production de 5 millions de barils par jour d’ici 2027, très au-delà de son dernier quota fixé à moins de 3,5 millions de barils par jour.
Adnoc a confirmé aujourd’hui qu’elle accélérait la croissance et la mise en œuvre de sa stratégie, avec 200 milliards d’AED (55 milliards de dollars) de nouveaux contrats de projets pour la période 2026-2028 », précise l’entreprise dans un communiqué.
Leur grand avantage ? L’oléoduc Habshan-Fujairah. Cet pipeline leur permet d’exporter leur pétrole sans passer par le détroit d’Ormuz. Dans ce contexte de blocus, les Émirats disposent d’un atout important avec l’oléoduc, qui permet d’exporter une partie de leur pétrole brut hors Ormuz via le port de Fujairah, sur le golfe d’Oman.

Conséquences
Nous avons souvent tendance à croire que ce retrait pourrait faire baisser les prix a la pompe alors que ce jour-là , le prix du baril de pétrole a augmenté de 5% en dépassant 111 dollars, pour rappel , le blocus est toujours en œuvre aujourd’hui.
De plus , il s’agit d’une organisation qui avait pour but de réguler les prix du pétrole , l’OPEP risque de voler en éclat et bouleversé l’ordre géopolitique, car les EAU font partie des acteurs centrales de l’OPEP. Le retrait des Émirats arabes unis de l’OPEP pourrait déclencher un nouvel effet domino dans la région, et la pression va désormais s’exercer fortement sur l’Arabie saoudite. En effet , l’OPEP détient un rôle moins important aujourd’hui, elle détient 85% des échanges internationaux autrefois , aujourd’hui , elle est de l’ordre des 50%.
Abou Dhabi estime qu’il a désormais les moyens. Il peut équilibrer son budget avec un cours du baril inférieur à celui des Saoudiens. Riyad s’est en effet lancé avec retard dans des projets titanesques de diversification qui nécessitent de maintenir des prix du pétrole élevés.
En s'affranchissant des quotas, Abou Dhabi fait un pari audacieux : celui de privilégier sa propre croissance et la monétisation rapide de ses ressources avant que la transition énergétique mondiale ne réduise la demande. Grâce à des infrastructures de contournement comme l'oléoduc de Fujairah, le pays s'assure une circulation du pétrole, que ses voisins n'ont pas encore totalement acquise.