Guerre au Liban: une catastrophe au goût de déjà-vu

Le 28 février 2026, l’opération « Epic Fury » débutait en Iran. En lançant conjointement des frappes sur la République islamique, les Etats-Unis et Israël ont jeté un véritable chaos sur le Moyen-Orient. Bien que le contexte de répression massive des manifestations iraniennes ait donné un semblant de justification à cette intervention, le non-respect du droit international et les milliers de victimes pèsent déjà lourd sur ces motifs. Pourtant, dans cette guerre qui semble surtout préoccuper l’Europe pour la flambée des prix de l’énergie qu’elle engendre, la catastrophe humanitaire au Liban reste encore trop ignorée. Revenons sur les traces de conflit. 

Des tensions de longues dates

En 1982, né le Hezbollah, un groupe de résistance contre l’occupation israélienne du Sud-Liban, débutée la même année. Dans un contexte de guerre civile, la milice armée chiite se rapproche très rapidement du régime iranien. Dès l’année 1985, l’alignement du groupe et de l’Ayatollah devient officiel. Cette alliance se traduit notamment par un soutien financier allant jusqu’à plusieurs centaines de millions de dollars accordés au Hezbollah. En échange, la milice permet à l’Iran d’obtenir une présence chiite dans la zone. Le régime iranien, qui souhaite atteindre un statut hégémonique dans la région, obtient donc de ces financements un point d’appui et d’ancrage qui lui permet de déstabiliser ces opposants, tel que l’Etat hébreu. Le groupe terroriste libanais prend progressivement le contrôle d’infrastructures cruciales du pays et se fait une place croissante dans la société.

Bien que l’Etat Hébreu retire ses troupes du Sud-Liban dans les années 2000, les tensions réapparaissent en 2006. Après l’enlèvement de deux soldats israéliens par la milice, l’Etat hébreu riposte. En seulement un mois, le conflit provoque la mort de 1200 libanais et le déplacement de millions de personnes. 

Concrètement, un objectif devient de plus en plus clair pour Israël: « éradiquer » le Hezbollah en représailles de ses agissement dans la région. Pourtant, le parti s’est organisé en une petite armée qui semble même surpasser l’Etat libanais dans les années 2010. Même si les confrontations directes entre les deux belligérants se limitent pendant plusieurs années à des actes isolés, l’attaque du 7 octobre 2023 par le Hamas ravive le conflit. La riposte de l’Etat d’Israël sur la bande de Gaza pousse le mouvement chiite à envoyer des roquettes sur des territoires libanais annexés par Israël depuis 1967. C’est le début d’une guerre meurtrière: près de 4000 morts et plus de 16 000 blessés sont recensés au Liban.

Un cessez-le-feu entre tout de même en vigueur à la fin de l’année 2024. Le Hezbollah, largement affaibli par le conflit, est enjoint de quitter la zone pour laisser place à l’armée étatique. L’armée israélienne dispose quant à elle de 60 jours pour se retirer du Sud du pays. Toutefois, cette trêve n’entraine pas la totale démobilisation et démilitarisation du Hezbollah. Ce dernier continue d’exercer une grande influence sur l’Etat mais sa popularité reste fluctuante auprès des libanais. Pour le gouvernement du Liban, l’objectif est de restaurer le monopole étatique et d’incarner finalement son indépendance, nécessaire pour protéger ses frontières. Durant cette période, l’armée israélienne est responsable d’environ 10 000 violations de l’accord, conduisant à la mort de nombreux civils libanais.

La situation actuelle

Dans ce contexte, la guerre en Iran a embrasé la faible stabilité obtenue par le Liban. De fait, suite aux frappes israéliennes sur la République islamique, le groupe para-militaire s’est empressé de défendre son allié iranien. En lançant des frappes sur l’Etat hébreu dans la nuit du premier au deux mars 2026, une nouvelle guerre s’impose au Liban. Les ripostes immédiates de l’Etat hébreu semblent ne distinguer ni militaires, ni combattants et ni civils. Pour l’Etat libanais, il s’agit d’une guerre « imposée ». Le gouvernement se montre ouvert aux négociations mais le conflit semble s’intensifier rapidement et de façon inquiétante. Les dirigeants israéliens revendiquent la mort de 700 membres du Hezbollah. Pourtant, c’est au prix d’une nouvelle occupation du Sud du pays et d’un bilan accablant. Les attaques ont fait plus de 1100 morts et plus d’un million de déplacés. Malgré la forte résistance de la milice chiite, l’ « avancée » israélienne semble bien plus rapide qu’à l’automne 2024. 

Le Liban semble donc à nouveau précipité dans un conflit qui n’est pas le sien. La population est entrainée dans la guerre, très souvent contre son gré. Malgré les alertes du chef des opérations humanitaires des Nations Unies, la situation semble toujours insoluble et ignorée: « Je crains que le Liban ne soit le prochain Gaza » prévient Tom Fletcher. Dans la mesure où les conclusions de la Commission d’enquête internationale indépendante de l’ONU avaient mis en avant le génocide et les crimes en cours dans la bande de Gaza, la situation devrait inquiéter. La communauté internationale semble s’être habituée à l’impunité d’Israël, dont les hauts dignitaires sont pourtant visés par des mandats d’arrêt de la Cour pénale internationale. Le mépris des conventions et l’emploi de forces disproportionnées ne fait toujours pas réagir même si les dramatiques bilans humains s’accumulent depuis des années.

L’ampleur des opérations déployées par l’Etat hébreu affiche un objectif clair: vider le Sud-Liban de ses habitants. Selon l’Unicef c’est « une classe par jour qui est tuée ou blessée. ». Le ministre de la Défense israélien a enjoint son armée à « s’inspirer des opérations menées à Gaza ». Cette guerre contraint ainsi un pays déjà exsangue à faire face à une nouvelle catastrophe humanitaire. Les civils libanais sont contraints de s’organiser dans des centres crées dans l’urgence. Si la guerre venait à perdurer, les moyens disponibles pourraient ne pas suffire face à la crise qui s’aggrave de façon alarmante. 

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